Au hasard d’Instagram (ou devrais-je dire grâce à son algorithme), j’ai découvert une jeune femme inspirante : c’est Pauline (@paulinealopecia). Ses posts, aux airs de journal de bord, font état de ses pensées. Sous ses photos, elle écrit « ses mots et ses maux ». Poser, se regarder et s’apprivoiser pour apprendre à s’aimer : c’est le défi qu’elle a relevé.

Sans plus tarder, je vous laisse rencontrer cette jeune femme pétillante qui a fait le choix de : Poser pour Panser ! 

CRÉDITS MUSIQUE : ROYALTY FREE MUSIC FROM BENSOUND.

Écriture, interview et montage : Manon Raczynski

Retranscription de la vidéo

Salut ! Peux-tu te présenter ? 

 « Hello ! Moi, c’est Pauline. J’ai 18 ans et je suis en École de Design à Rennes. Je suis atteinte d’alopécie depuis l’âge de 7 ans et je vais vous raconter mon histoire et mon rapport à la photo avec cette alopécie ».

Quelle est ta vision de la photographie ? 

« Je pense que ma vision de la photographie est très ouverte. J’ai toujours aimé, moi, prendre des photos et essayer de rendre des moments, en fait, qui sont instantanés et essayer de les graver après une photo pour garder un souvenir. Passer devant l’objectif et ne plus être derrière, c’est aussi quelque chose d’important pour moi. Ouais, j’ai un rapport très ouvert à la photo. Je pense qu’elle peut être utile dans beaucoup de combats et dans beaucoup de sujets différents ».

Que penses-tu de la thérapie par l’image ?

« La thérapie par l’image, je pense que ça peut être une très bonne chose à partir du moment où ça vient de la personne elle-même. Il ne faut pas se sentir forcé à devoir passer devant un objectif pour aller mieux. Pour beaucoup ça peut être un choix et ça peut être quelque chose vraiment qui va fonctionner, qui va faire du bien. Pour d’autres, ça peut ne pas être le cas et il ne faut jamais se sentir forcé, de se dire : « je ne suis pas passé devant l’objectif donc je ne m’accepte pas ». S’accepter ça ne veut pas dire être passé·e devant l’objectif et réussir à se regarder sur une photo ou quoi que ce soit. C’est vraiment en fonction de chacun. Je pense que la thérapie c’est quelque chose de beau par la photo mais ce n’est pas une façon obligatoire de s’accepter. C’est une façon parmi tant d’autres ».

Comment l’as-tu découverte ? 

« Donc moi la thérapie par l’image, je l’ai découverte grâce à des personnes qui ont pu me contacter et qui ont pu m’expliquer que « oui » prendre des photos, ça pouvait m’aider à m’accepter. C’est vrai que j’ai eu une grande phase, une grande période où j’avais du mal à me regarder dans un miroir, à me dire : « Ok Pauline cette alopécie elle fait partie de toi mais ce n’est pas vraiment qui tu es non plus. Et t’es pas basée que sur tes cheveux, que sur ce critère de féminité malheureusement, qui est instauré en société. La photo peut être que ça pourra t’aider à aller mieux« . C’est vrai que c’est des personnes qui m’ont dit juste : « La photo, Pauline fais-le ! Essaye un jour quand t’en auras l’occasion. Tu verras ça te fera du bien« . Moi au début, j’avais peur parce que je n’osais vraiment pas me regarder puis après je me suis dit : « OK. Faut se lancer !  » ».

Quelles sont les raisons qui t’ont incitée à faire de la thérapie par l’image ? 

« Je pense que finalement les motivations qui m’ont poussé à pouvoir faire cette thérapie par l’image, c’était vraiment le fait de « J’ai besoin de me sentir représentée. J’ai besoin de représenter cette maladie« . Et j’avais besoin de me dire : « Ok Pauline là t’es comme ça, tu ne te sens pas forcément très bien dans ta peau mais peut être qu’à travers une photo, tu pourras t’aider à t’accepter« . C’est vraiment une façon pour moi d’essayer de m’accepter en essayant d’aider les autres ».

Est-ce une pratique que tu réitères régulièrement ? 

« Aujourd’hui, oui ! La thérapie par l’image c’est une pratique que je fais souvent. Moi je ne le fais pas forcément dans le sens psychologue/patient, photographe/modèle, si je puis dire. Je le fais dans le sens juste où c’est quelque chose que je trouve beau. J’ai toujours aimé la photo donc je n’ai pas forcément ce regard de l’extérieur. Mais en tout cas, c’est toujours quelque chose qui permet de faire passer un message et je pense que parfois il n’y a pas besoin de mots pour faire passer un message. Simplement juste une image et de ce qu’on peut faire ressentir, de nos sentiments qui peuvent ressortir à travers une photo. Moi aujourd’hui, c’est aussi pour ce message-là que j’utilise la photo. Et, parce que je trouve que c’est un art qui est incroyable et étant en École de Design, j’aime particulièrement la photographie. Après oui, je pense qu’on peut, comme je disais c’est chacun son choix, chacun qui peut avoir son rapport à tout ça, son intérêt et son avis sur tout ça. Mais en tout cas oui, ça peut servir à quelqu’un comme manière d’aller mieux et comme relation psychologue/patient. Oui, ça peut être le cas. Après moi, ça ne l’est pas mais en tout cas ça peut l’être ».

Le choix des photographes est-il important ? 

« Alors oui, pour moi le choix des photographes est important. Il ne faut pas se dire : « Je veux faire de la photo donc je prends le premier qui vient« . Je fais toujours attention, après pour mon point de vue, de prendre des personnes qui correspondent à mes valeurs qui font ça pas forcément pour le business mais qui font ça aussi pour rendre bien la personne. Je ne veux pas être prise en photo par un·e quelconque photographe qui va être là juste parce que lui, il veut ses photos, et il s’en fout de l’aspect psychologique de la personne derrière. J’ai vraiment besoin autant pour moi et autant pour les autres. Si je vois des personnes qui veulent prendre des photos, si je pouvais les conseiller : je ne veux pas qu’ils se jettent dans la gueule du lion, si je puis dire. Et qu’ils se disent : « J’ai envie de prendre des photos pour aller mieux donc je vais prendre le premier qui vient, le moins cher ou quoique ce soit« . Je pense que c’est aussi quelque chose qui se réfléchit bien, comme tout type de décision finalement. On ne prend jamais la première chose, même si on peut penser que ça nous fera du bien. Finalement, si on fait mal nos choix, ce qui peut arriver, ça peut aussi nous détruire encore plus et nous faire plus de mal. S’il y a des personnes qui vont peut-être, je ne sais pas, retoucher trop les photos ou quoique ce soit. Il faut toujours qu’il y est un bon rapport, une communication qui s’instaure avant de choisir un photographe. Et qu’on explique le pourquoi du comment on veut faire des photos avec cette personne pour qu’elle soit préparée aussi à nous ce qu’on peut ressentir : à nos peurs, à nos craintes et à nos envies ».

Peux-tu nous décrire le déroulement de ce type de séance ? 

« Chaque séance avec un photographe est complètement différente. Je n’ai jamais vraiment vécu le même point de vue avec tous les photographes que j’ai pu croiser. Autant avec Emma Boonne, c’était un projet donc on était là maquillée, on faisait les photos. On en avait discuté auparavant. On était là plutôt professionnellement parlant même s’il y avait toujours cet aspect psychologique. Après avec les photos de Emma Cadith, là c’était plutôt un projet personnel. C’était juste apprendre à être à l’aise devant une caméra. Ça n’a pas toujours été simple. Je lui ai dit clairement que j’avais peur mais il y a toujours cette communication qui s’installe et cette relation de confiance où moi je vais lui dire ce que j’attends d’elle et ce que j’attends de pas trop brusque en soit. Je ne voulais pas qu’elle, par exemple, me prenne en photo nue ou des choses comme ça. Et je lui ai dit : « Je ne veux pas ça » et du coup-là après elle écoutait mes attentes et elle me proposait des choses. Ça s’est vraiment bien installé. Et après l’autre séance avec du coup Meuf Paris, là c’était aussi professionnel pour faire des photos pour leur nouvelle collection. Donc chaque séance est différente et chaque séance a une durée différente. Je ne peux pas vraiment forcément dire le déroulé d’une séance mais en tout cas, ce qu’il faut savoir c’est qu’on n’arrive jamais et directement on se met devant l’objectif. Y’a toujours une petite communication avant parce que c’est quelque chose d’important et c’est quand même mettre notre personne devant un objectif et de dire : « Ok je suis maître de ce que je fais mais il y a une autre personne qui me contrôle à côté. Et faut faire vraiment attention à ça« . ».

Qu’as-tu ressenti lorsque tu étais seule face à l’objectif ?

« Quand on est seule face à l’objectif, je trouve qu’il y a toujours un ressenti différent. Ça dépend vraiment de notre journée, notre humeur, du photographe qu’il y a, de comment ça s’est passé avant la prise en photo. Je ne peux jamais vraiment dire un ressenti, ça se passe sur le moment et sur le tas. Et comme je dis souvent la photo c’est quelque chose d’unique et d’instantané. Et quand on prend la photo, on ne ressent jamais vraiment la même chose. Alors je ne peux pas dire : « Moi quand je prends des photos, je ressens ça : …« . Des fois on peut être triste. Des fois on peut avoir peur. Des fois on peut être très heureux. Des fois on peut ne pas aimer le rendu. Des fois on peut l’adorer. Moi, principalement le fait d’être toute seule devant l’objectif c’est aussi le fait que d’un côté j’ai très peur parce que je me dis : « Est-ce que je me sens vraiment capable de faire cette position ou est-ce que j’ai vraiment envie de faire passer ce message-là« . Finalement, y’a beaucoup de remises en question. D’un autre côté, y’a cette fierté aussi de se dire qu’on est seul·e face à un objectif et c’est notre pouvoir-là qui va être mis en avant. C’est qui on est qui va être mis en avant. Finalement c’est quelque chose d’extrêmement fort aussi parce qu’on se dit l’objectif c’est nous qu’il prend en photo, ce n’est pas quelqu’un d’autre. C’est nous qui sommes mis en avant et c’est incroyable comme sentiment ».

Comment te sentais-tu à la réception des photos ? Qu’as-tu pensé à leur découverte ? 

« Encore une fois, le fait d’être à l’aise ou de recevoir les photos c’est toujours un sentiment différent. Parfois, on redoute de voir les photos parce qu’on se dit : « Je n’étais pas tellement à l’aise devant l’objectif. Je l’ai fait parce que j’en avais envie mais au fond j’en avais très peur« . Et, on a peur de recevoir les photos. Souvent moi quand je reçois les photos, c’est un sentiment incroyable. Je ne pourrais pas forcément dire ce que je ressens mais c’est une fierté de se dire : « Ouais, je l’ai fait !« . Ce n’est jamais un objectif facile. On a beau se prêter au jeu, on se dit toujours que c’est quand même mettre son corps et donner son corps sur une photo. Je ne saurais vraiment pas expliquer ce que je ressens dans ces moments-là. Mais en tout cas quand on reçoit les photos, on se dit : « Ah ouais je l’ai fait ! Et mon message je vais pouvoir le passer et c’est ça que j’attendais, c’est ça que je voulais« . Juste la photo je trouve ça super fort. Moi à chaque fois que je reçois les photos, je mets une petite musique et je regarde les photos et je me dis : « Whoua ! C’est incroyable !« . Ce n’est pas forcément pour la beauté de la photo mais c’est juste « Ok c’est là… C’est fait !« . Ce sentiment, il est extraordinaire ».

Qu’est-ce que cela t’a apporté ? 

« En fait, avec la photo y’a toujours ce sentiment de graver un moment de notre vie, graver un souvenir qu’on ne revivra pas forcément ou jamais de la même manière. C’est toujours quelque chose de fort parce qu’on se dit : « Ok là, j’ai cette photo mais je me souviens aussi du jour où je l’ai prise. Je me souvent dans quel état j’étais« . C’est vraiment quelque chose d’incroyable ». 

As-tu noté des différences entre une séance de thérapie par l’image et d’autres séances plus « standards » ? 

« C’est vrai que toutes les séances, encore une fois, sont vraiment différentes mais le fait de faire une séance simplement, sans attendre de sortir un projet en retour. Comme la séance que j’ai faite avec Emma Cadith, c’était quelque chose d’incroyable. Parce que je me suis dit : « Là j’y vais mais si ça ne se passe pas bien, si j’ai peur ou si je n’y arrive pas ce n’est pas grave« . Y’a pas de stress, c’est vraiment une séance classique juste où je peux le faire pour moi si j’en ai besoin. Je peux regarder les photos pour moi, je peux ne jamais les publier quelque part. Et c’est un quelque chose de dingue parce que c’est un sentiment juste de « Ok j’apprends à m’accepter, j’apprends à m’aimer. Et j’apprends que oui t’as le droit d’être et t’as le droit d’être au centre du truc » ».

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