Aujourd’hui, prenez place dans le délicat boudoir d’Hélène Dourliand, photographe spécialisée en thérapie par l’image. Au cours de cet échange autour de deux photographies qui symbolisent son travail, découvrez l’univers bienveillant et poétique de la photographe mais aussi les coulisses d’une séance toute en douceur et en intimité.

En 2013, la photographe professionnelle Hélène Dourliand se spécialisait dans un concept presque inconnu en France : la thérapie par l’image. Une manière artistique d’aider les femmes à changer leur regard sur leur corps ou plutôt leur « enveloppe extérieure ». Mais attention, Hélène Dourliand le souligne, elle n’est pas thérapeute et ses clientes ne sont pas des patientes. Plus encore, les femmes qui prennent contact avec elle pour une prestation de « photo-thérapie » sont avant tout des femmes qui ont besoin d’elle et qu’elle doit aider. Et lorsqu’on lui demande comment elle perçoit les personnes qui posent devant son objectif au cours de séances qu’elle définit comme « positives », elle répond spontanément : « Madame-tout-le-monde ! Je ne travaille pas avec les mannequins et mon objectif c’est que la femme se trouve belle au naturel, sans artifice […]. Le but c’est vraiment qu’elle voie ces images et qu’elle prenne conscience de qui elle est ».

C’est également dans le but de ne pas donner l’impression à Madame-tout-le-monde d’être malade que la photographe préfère utiliser le terme de « boudoir » pour ses séances de « photo-thérapie ». Un premier pas pour faire comprendre à ces femmes qu’elles ont le droit de ne pas être parfaites et qu’elles peuvent s’aimer en étant tout simplement elles.

« Je m’adapte à ce qu’elles ont envie de dégager. Pour moi le plus important n’est pas de faire reproduire une pose de magazine à ma cliente mais de faire ressortir sa personnalité ».

En interview comme dans son boudoir, Hélène Dourliand prend soin de son interlocutrice et s’attache à comprendre comment elle peut la mettre en valeur. Avec bienveillance et douceur, elle nous raconte au cours d’un échange autour de deux clichés de quelle manière elle part à la rencontre des corps et bien souvent, des âmes. Une façon de découvrir son approche du concept mais aussi son univers sensible et poétique.

En découvrant les photographies envoyées par Hélène Dourliand, on souhaite immédiatement en savoir plus sur cette femme qui pose. Quelle est l’histoire de cette Madame-tout-le-monde et pourquoi a-t-elle débuté les séances de « photo-thérapie » ?

« Son histoire est assez particulière parce que c’est une personne qui ne s’est jamais aimée. À un moment de sa vie, elle avait besoin de se retrouver en tant que femme. Je l’ai vu plusieurs fois, c’est la raison pour laquelle c’est la séance qui est la plus parlante par rapport à la « photo-thérapie ». La première image a été prise au cours de la première séance et la deuxième photo c’est lors de la dernière. Il y a vraiment une évolution et à chaque fois, on a progressé au niveau de la manière de se dévoiler, de prendre confiance en soi et de se sentir femme ».

Déjà, on saisit l’importance de la relation que crée Hélène Dourliand avec ses clientes. Un lien sur le long terme qui doit s’établir dès la première prise de contact. Comme le raconte la photographe, le premier appel téléphonique est déterminant puisqu’il lui permet de savoir si elle peut aider la personne en écoutant son histoire. Une fois que les deux parties sont tombées d’accord sur les détails, la magie peut opérer le Jour J. Mais comment amène-t-on cette approche psychologique dans un contexte artistique ? La professionnelle nous répond avec simplicité.

« Je suis bienveillante ! En général, je vais la guider du début jusqu’à la fin mais surtout, je garde le contact pendant toute la séance qui dure entre 1h30 et 2h. Je ne fais que parler pour avoir toujours le contact avec elle et pour la rassurer, l’encourager. Ça permet qu’elle lâche prise au fil de la séance et que les photos soient de plus en plus jolies, de plus en plus ressemblantes par rapport à leur personnalité aussi. Le but, c’est aussi de faire ressortir ce qu’elles avaient envie de dire à ce moment-là. Et après je m’adapte : en fonction de comment elle se positionne, je la corrige pour que ce soit joli à l’image et que ce soit adapté à sa morphologie ».

Nous le comprenons, le but premier d’Hélène Dourliand est de mettre en valeur tout le potentiel et toute la beauté de la personnalité de Madame-tout-le-monde. C’est la raison pour laquelle elle ne s’inspire pas des photographes et très peu des magazines. Elle s’adapte à la lumière naturelle, elle crée sa scénographie en fonction des saisons et les idées lui viennent en observant la femme se mouvoir. Elle s’adapte également aux tenues que ses clientes apportent. Comme elle le raconte, elle n’impose rien. Les femmes doivent apporter les pièces qu’elles affectionnent puis elle sélectionne avec elles les vêtements ou les accessoires qui offriront le plus beau rendu en photo. Après, les « clic » et les « clic-clac » s’enchaînent au rythme des prises de vue. À chaque cliché, Hélène Dourliand montre le résultat aux femmes. Elle nous explique que grâce à ces réactions « à chaud », elle peut évoluer au cours de la séance en connaissant le ressenti de ses clientes.

« Je sais que ça a marché quand je vois les premiers sourires, quand je les vois pleurer ou quand je les entends dire « Mais je suis carrément jolie en fait ! ». Pour moi quand j’entends ça, j’ai fait mon job ».

Alors, ces séances ont-elles eu l’effet recherché chez Madame-tout-le-monde que l’on voit sur les photos ? Si l’on devait en juger par la qualité des clichés, nous dirions évidemment « oui ! ». Mais que nous apprennent ces photos sur le travail d’une photographe spécialisée dans la thérapie par l’image ? Concentrons-nous d’abord sur la première photographie. Notre regard virevolte sur les différents éléments. Une main étendue derrière la tête attire notre œil. Un visage, presque caché, arbore une expression calme mais qui ne semble pas sereine. Une plante, floue, au premier plan, nous empêche de voir totalement le corps de la femme allongée sur le lit. Cette position exprime-t-elle toute la timidité de cette Madame-tout-le-monde ? Pour Hélène Dourliand, cela est vrai d’une certaine façon.

« C’est une femme généreuse, avec des formes. Je me suis dit qu’il fallait que je la mette à l’aise puisque c’était la première photo de la séance. C’est pour ça qu’elle ne regarde pas l’objectif, qu’elle est allongée, qu’elle a une position qui signifie « Je me laisse aller tranquillement ». En « photo-thérapie », c’est très rare que je fasse des portraits ou qu’on voit le regard de la femme. Je préfère les photos intimistes, un peu comme des photos volées. C’est aussi plus facile pour qu’elle puisse se lâcher au fur et à mesure. Mais la main, c’est juste une composition dans la photo. Par contre la plante, c’est typiquement mon travail ! Je mets toujours des objets et des petites plantes au premier plan. Ça habille la photo et c’est pour le côté artistique. Ça n’a pas vraiment de valeur émotionnelle ».

Il devient évident que cette première scénographie ainsi que la pose révèlent une volonté de rassurer la femme qui est photographiée. De ce cadre doux avec des couleurs pastel et claires, apparaît l’univers intimiste et poétique des boudoirs d’Hélène Dourliand. Nous discernons également que le mélange entre l’aspect thérapeutique et la valeur esthétique se fait instinctivement par la photographe. Comme elle le confie, c’est un ressenti qu’elle a dès qu’elle découvre la personne, son histoire et son corps. Rien n’est figé, rien n’est préparé et elle ne cherche pas à créer du sens puisque toute l’énergie réside dans ce que lui transmet la femme qu’elle photographie.

« Quand je vois la personne, je sais déjà les poses que je vais faire avec elle du couple sens vient en même temps ».

La seconde photo nous en apprend davantage sur l’impact que peuvent avoir ces séances. En effet, dès le premier coup d’œil, le changement nous stupéfie. Si l’on retrouve cette idée de douceur, nous sommes surtout frappés par la puissance que dégage la jeune femme. Nous avons l’impression qu’elle règne à nouveau sur sa vie, assise sur ce fauteuil qui pourrait être son trône. Malgré la position de relâchement qu’elle prend, on perçoit un contrôle total, une domination de son corps qui laisse entendre qu’elle s’est retrouvée. Pour la photographe, même si son visage est encore caché, nous ressentons la puissance qui émane de sa personnalité. Elle s’assume.

« Elle s’est libérée sur cette photo. On retrouve la femme qu’elle était ! Je suis toujours en contact avec elle et ça n’a rien à voir ! Elle a changé sa garde-robe, elle a changé de boulot et maintenant elle a beaucoup de responsabilités. Ça prouve bien que les séances lui ont permis d’avancer aussi bien dans sa vie professionnelle que dans sa vie personnelle. Maintenant elle a le girl power ! Cette séance était tellement différente ! Elle se plaçait avec assurance. Là, elle n’était pas là pour se cacher contrairement à la première séance. Elle était là pour se montrer ! ».

Ainsi, cet échange montre que ceux qui pratiquent la thérapie par l’image sont avant tout des photographes. Plus encore, Hélène Dourliand nous montre que ce sont des artistes. Ces derniers expriment leur art à travers des styles et des univers variés mais ils ont tous le même but : exposer la beauté en chacun(e) de nous grâce à leur compréhension de l’autre. Avec son appareil et sa sensibilité unique, la photographe Hélène Dourliand capture, souligne et sublime les corps au naturel, ceux de toutes les Madame-tout-le-monde. Sa bienveillance et sa douceur, loin de montrer une fragilité, rend les femmes qui posent plus fortes, davantage conscientes de leur beauté mais plus que tout, Hélène Dourliand les rend uniques.

Tatiana Bobet

CRÉDITS PHOTO : HÉLÈNE DOURLIAND «Je suis bienveillante!En général, je vais la guider du début jusqu’à la fin mais surtout, je garde le contact pendant toute la séancequi dure entre 1h30et 2h. Je ne fais que parler pour avoir toujours lecontact avec elleet pour la rassurer, l’encourager. Ça permet qu’elle lâche prise au fil de la séance et que les photos soient de plus en plus jolies, de plus en plus ressemblantes par rapport à leur personnalité aussi. Le but, c’est aussi de faire ressortir ce qu’elles avaient envie de dire à ce moment-là.Et après je m’adapte: en fonction de comment elle se positionne, je la corrige pour que ce soit joli à l’image et que ce soit adapté à sa morphologie.»Nous le comprenons, le but premier d’Hélène Dourliand est de mettre en valeur tout le potentiel et toute la beauté de la personnalité de Madame-tout-le-monde. C’est la raison pour laquelle elle ne s’inspire pas desphotographesettrès peu des magazines. Elle s’adapteà la lumière naturelle, elle crée sa scénographie enfonction des saisons et les idées lui viennent en observant la femme se mouvoir. Elle s’adapte également aux tenues que ses clientes apportent. Comme elle le raconte, elle n’impose rien.Les femmes doivent apporter les pièces qu’elles affectionnent puis elle sélectionne avec elles les vêtements ou les accessoires qui offriront le plusbeau rendu en photo. Après, les «clic» et les «clic-clac» s’enchaînent au rythme des prisesde vue. Àchaque cliché, Hélène Dourliand montre le résultat aux femmes. Elle nous explique que grâce à ces réactions «à chaud», elle peut évoluer au cours de la séance en connaissant le ressenti de ses clientes. «Jesaisque ça a marché quand je vois les premiers sourires, quand je les vois pleurer ou quand je les entends dire«Mais je suis carrément jolie en fait!». Pour moi quand j’entends ça,j’ai fait mon job.»Alors, ces séances ont-elleseu l’effet recherché par la Madame-tout-le-monde que l’on voit sur les photos? Si l’on devait en juger par la qualité des clichés, nous dirions évidemment oui! Mais que nous apprennent ces photos sur le travail d’une photographe spécialisée dans la thérapie par l’image? Concentrons-nous d’abord sur la première photographie. Notre regard virevolte sur les différents éléments. Une main étendue derrière la tête attire notre œil. Un visage, presque caché, arbore une expression calme mais qui ne semble pas sereine. Une plante, floue, au premier plan, nous empêche de voir totalement le corps de la femme allongée sur le lit. Cette position exprime-t-elle toute la timidité de cette Madame-tout-le-monde? Pour Hélène Dourliand, cela est vrai d’une certaine façon.«C’est une femme généreuse, avec des formes. Jeme suis dit qu’il fallait que je la mette à l’aisepuisque c’était la première photode la séance. C’est pour ça qu’elle ne regarde pas l’objectif, qu’elle estallongée, qu’elle aune position qui signifie «Je me laisse aller tranquillement.». En photothérapie, c’est très rare que je fasse des portraits ouqu’on voiele regard de la femme. Je préfère les photos intimistes, un peu comme des photos volées. C’est aussi plus facile pour qu’elle puisse se lâcher au fur et à mesure. Mais la main, c’est juste une composition dans la photo. Par contre la plante, c’est typiquement mon travail! Je mets toujours des objetset des petites plantes aupremier plan. Ça habille la photoet c’est pour le côté artistique. Ça n’a pas vraiment de valeur émotionnelle.»Il devient évident que cette première scénographie ainsi que la pose révèlent une volonté de rassurer la femme qui est photographiée. De ce cadre doux avec des couleurs pastel et claires, apparaît l’univers intimiste et poétique des boudoirs d’Hélène Dourliand.Nous discernons également que le mélange entre l’aspect thérapeutique et la valeur esthétique se fait instinctivement par la photographe. Comme elle le confie, c’est un ressenti qu’elle a dès qu’elle découvre la personne, son histoire et son corps. Rien n’est figé, rien n’est préparé et elle ne cherche pas à créer du sens puisque toute l’énergie réside dans ce que lui transmet la femme qu’elle photographie. «Quand je vois la personne, je sais déjà les poses que je vais faire avec elle du couple sens vient en même temps.»La seconde photo nous en apprend davantage sur l’impact que peuvent avoir ces séances. En effet,dès le premier coup d’œil, le changement nous stupéfie. Si l’on retrouve cette idée de douceur, nous sommes surtout frappéspar la puissance que dégage la jeune femme. Nous avons l’impression qu’elle règne à nouveau sur sa vie, assise sur ce fauteuil qui pourrait être sontrône. Malgré la position de relâchement qu’elle prend, on perçoit un contrôle total, une domination de son corps qui laisse entendrequ’elle s’est retrouvée. Pour la photographe, même si son visage est encore caché, nous ressentons la puissance qui émane de sa personnalité. Elle s’assume.«Elle s’est libéréesur cette photo. On retrouve la femme qu’elle était!Je suis toujours encontact avec elle et ça n’a rien à voir! Elle a changé sa garde-robe, elle a changé de boulotet maintenant elle a beaucoup de responsabilités. Ça prouve bien que les séances lui ont permis d’avanceraussi bien danssavie professionnelle que dans saviepersonnelle. Maintenant elle est girl power!Cette séance était tellement différente! Elle se plaçait avec assurance. Là, elle n’était pas là pour se cacher contrairement à la première séance. Elle était là pour se montrer!»Ainsi, cet échange montre que ceux qui pratiquent la thérapie par l’image sont avant tout des photographes. Plus encore, Hélène Dourliand nous montre que ce sont des artistes. Ces derniers expriment leur art à travers des styles et des univers variés mais ils ont tous le même but:exposer la beauté en chacun(e)de nous grâce à leurcompréhension de l’autre. Avec son appareil et sa sensibilité unique, la photographe Hélène Dourliand capture, souligne et sublime les corps au naturel, ceux de toutes les Madame-tout-le-monde.Sa bienveillance et sa douceur, loinde montrer une fragilité, rend les femmes qui posent plus fortes, davantage conscientes de leur beauté mais plus que tout, Hélène Dourliand les rend uniques.

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