Aurélie et Camille sont deux amies. Camille est photographe. Aurélie avait besoin d’apprendre à s’aimer, de s’accepter. De leur amitié sont naît plusieurs séances de thérapie par l’image et de nombreuses photographies, que l’on peut observer sur le compte Instagram de Camille

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir l’histoire avec la thérapie par l’image d’Aurélie, cette jeune femme qui semble se révéler au fil des séances et de Camille, cette photographe qui a permis à son amie de découvrir sa véritable valeur. 

CRÉDITS MUSIQUE : VIDEOLEAP PAR LIGTHTRICKS LDT.

Écriture, interview et montage : Emma-Iris Roussillon

Retrouvez également notre précédente publication au sujet de cette amitié bienfaisante et d’autres photographies dans notre exposition virtuelle.

Retranscription de la vidéo

«  Bonjour, moi c’est Aurélie, j’ai 28 ans. Je suis assistante d’éducation dans un lycée et je reprend tout juste le travail après un long arrêt maladie. »

« Bonjour, moi je m’appelle Camille, j’ai 30 ans. Je suis photographe depuis toujours et photographe professionnelle depuis deux ans. Et ce que j’aime dans la vie, c’est l’art et l’humain. »

Qu’elle est votre vision de la photographie ?  

Aurélie : « Je vais te laisser répondre. »

Camille : « Alors pour moi la photographie, c’est un art particulier puisqu’il capture un instant pour l’éternité. Et j’aime la photographie naturelle, épurée, simple. Sans paillettes, ni froufrous. »

Pour vous qu’est-ce que la thérapie par l’image ? 

Aurélie : « Alors pour moi, ça me permet de m’accepter, moi. D’arriver à avoir une belle estime de moi et surtout de m’aimer, parce que j’avais beaucoup de mal. »

Camille : « La “photo-thérapie”, c’est se soigner, s’accepter, aller mieux, réapprendre à se connaître, s’aimer. »

Comment avez-vous découvert ce type de photographie ? 

Aurélie : « Alors moi c’était grâce à Camille justement, sur une après-midi copines où justement elle connaissait tous mes antécédents, les interventions chirurgicales, à ce moment-là j’avais aussi une stomie, qui est une poche intestinale. Et voilà, comme elle connaissait tout ça elle m’a proposée de me lancer dans la thérapie par l’image, et c’est comme ça que tout a commencé. »

Camille : « Tout pareil pour moi. Avant d’être photographe thérapeute d’image, j’ai été modèle pour de la “photo-thérapie” avec des copines aussi. On a commencé entre filles. »

Pourquoi avez-vous décidé de faire votre première séance de thérapie par l’image ? 

Aurélie : «  Alors, justement, moi, j’avais une très mauvaise estime de moi-même. J’avais un mauvais regard sur moi, sur mon corps, sur mes cicatrices, les défauts que je pouvais… Les choses que je dégageais… Ouais, ce que je pouvais dégager ne me plaisait pas. Certes, j’avais une stomie qui m’a pourtant sauvée la vie, pour moi, elle me répugnait. Et donc, c’est grâce à Camille, quand elle m’a proposée cette séance que je me suis dis que ça pouvait justement être bénéfique sur l’acceptation un peu de tout ça pour moi et apprendre à dégager une image plus positive et embellissante que ce que moi-même je me représentais. »

Camille : « Ouais, c’était le bon moment. C’était le moment d’aller mieux. »

Aurélie : « Ouais, je pense ». 

Le choix de votre photographe est-il lié au hasard ? 

Aurélie : « Alors non, je pense pas qu’il y ait un hasard à cette rencontre. Mais non comme je connaissais Camille et qu’elle connaissait, comprenait ce que je traversais, pour moi c’était un peu une évidence. La confiance était de mise déjà. »

Camille : « Il n’y a pas de hasard dans la vie, j’ai juste à dire ça. »

Avant la séance, quels échanges avez-vous fait avec la photographe ? 

Aurélie : « Euh… Alors comme la confiance était déjà établie, comme échanges tu connaissais tout de moi. »

Camille : « Ouais, on avait déjà beaucoup parlé de la situation. »

Aurélie : « Tu connaissais tout donc… »

Camille : « C’est la première approche discuter, de toute façon, de la problématique avec le modèle pour voir ce que je peux apporter. C’est beaucoup de communication la “photo-thérapie”. »

Comment se déroule ce type de séance ?

Aurélie : « Je ne sais pas trop comment ça se déroule. »

Camille « Je répond si tu veux ? »

Aurélie : « Ouais, répond, oui. »

Camille : « Alors la “photo-thérapie”, du coup il y a déjà la prise de contact téléphonique, une prise de contact en face-à-face pour échanger sur la problématique, et le lieu, le jour et la thématique du shooting et aussi à peu près combien il va y avoir de séances, puisque c’est différent d’une personne à une autre. Et puis après, bah le shoot. Voilà, ça se fait sur plusieurs heures souvent, pour mettre en confiance et arriver à faire le rendu que l’on veut. Et bien sûr après, on rend, enfin, je rends les photos sur une galerie pour que le modèle les ait à disposition, puisse les télécharger. »

Comment vous sentiez-vous pendant la séance ? 

Aurélie : «  Alors, pour la toute première séance, j’avoue que je n’étais pas du tout à l’aise. Je n’avais jamais posé devant un objectif, encore moins on va dire un peu dénudée, parce que bon, il y avait.. Avec la petite culotte, les trucs comme ça c’était assez particulier. Mais au fur et à mesure, je me détends et après tout coule de source. Après, je suis bien guidée aussi. »

Camille : « Oui, beaucoup de stress. Le début des séances que ce soit la première ou la dernière et “photo-thérapie” ou pas, très souvent le modèle est très stressé au début de la séance. Mais… Mais ça passe, ça passe. »

Aurélie : « Oui, au bout d’un moment. Quand la confiance est là de toute façon, ça passe. »

Comment vous sentiez-vous à la réception des photos ? Qu’avez-vous ressenti à la découverte ? 

Aurélie : « Alors, j’avoue qu’au premier regard ça m’a fait vraiment bizarre. Enfin, ça me fait toujours bizarre. J’ai toujours l’impression que c’est une autre personne sur cette photo, une personne qui a confiance en elle, qui s’assume pleinement, qui est fière d’être ce qu’elle est et tout ça… Et bon, après avec du recul, en les regardant plus en profondeur, je trouve que, oui, j’ai un beau corps, que ce n’est pas parce qu’on a quelque chose qui sort de là que ce soit une poche intestinale, des cicatrices ou peu importe le défaut, en fait, c’est nous. Ce qu’il faut se dire, c’est qu’on est là, on a beau avoir ce que l’on a sur soi, on est vivant et on est heureux, et moi, c’est justement ce que ça m’a permis de m’apporter. J’ai appris à m’aimer, à m’accepter et à avoir une belle estime de moi-même, surtout. »

Camille : « Je crois qu’Aurélie a un peu tout résumé. Ça dépend des personnes bien sûr, mais il y a souvent des chocs quand-même au tout début, pour le premier shooting. Souvent, c’est un peu un choc de se voir en photo, parce que souvent, on ne se regarde pas dans la glace. Et même quand on se regarde l’image peut être faussée en fait, alors que sur une photo, c’est là et c’est la réalité. Du coup, il faut souvent, moi je conseille souvent quand-même de prendre un petit peu de temps et de regarder les photos plusieurs fois, à plusieurs jours d’intervalle pour arriver à se voir vraiment, mais ce n’est pas toujours simple. » 

Aurélie : « Non, surtout les premières fois. »

Qu’attendiez-vous d’une séance de thérapie par l’image ? Que souhaitiez-vous montrer ou vous montrer ?

Aurélie : « Alors j’avoue n’avoir aucune attente, j’aime avoir la surprise du résultat justement. »

Qu’est-ce que cela vous a apporté ? 

Aurélie : « Alors justement ça m’a apportée une meilleure estime de moi. Alors je ne vais pas me plaindre de la malchance que j’ai parce que je me dis qu’il y a toujours pire ailleurs, mais voilà, c’est… Maintenant j’accepte mieux le regard que les autres peuvent me porter, ne serait-ce que sur cette poche ou autre. Et maintenant, j’aime. Je m’aime. J’aime mon corps, j’aime ce que je suis et voilà. Personne n’est parfait et il faut apprendre à vivre avec ses imperfections, les accepter, les aimer. »

Camille : « J’ai rien à ajouter. »

Pourquoi avez-vous décidé d’en faire d’autres ? Quelles étaient vos motivations à chaque fois ? 

Aurélie : « Alors moi, j’estime que la thérapie par l’image ne se fait pas en une seule séance, qu’il en faut plusieurs pour atteindre le but recherché de l’acceptation. »

Camille : « Oui, tout à fait. Pour moi aussi, la “photo-thérapie” ce n’est pas possible en une seule séance. En fait, souvent, je commence, nous commençons parce que la personne aime le plus chez elle et au fur et à mesure, on avance dans ce qu’elle aime moins chez elle et du coup ça prend du temps d’en arriver là. Puisque je ne vais pas dire à Aurélie la première fois « Tu n’aime pas cette cicatrice, je vais la prendre en gros plan », elle partirait en courant, ce n’est pas le but. Le but c’est qu’elle se rende compte qu’elle a d’autres choses qu’elle aime chez elle, qui peuvent être plus fortes que ce qu’elle aime moins et au fur et à mesure, on avance comme ça. Mais la “photo-thérapie” ce n’est pas une seule séance, ça, c’est une certitude. »

Aurélie : « Et d’ailleurs, c’est vrai que, de ce que je disais tout à l’heure sur la poche, qu’elle me répugnait. C’est vrai que la première séance, on l’avait très peu mise en valeur et sur la deuxième justement, c’était vraiment la mise en valeur de la poche intestinale, sur le fait qu’elle fait partie du corps. »

Camille : « Elle fait partie de toi et en plus, tu avais des belles poches, bien dessinées, avec de beaux dessins dessus. Ça faisait un peu bijou, si je peux dire. »

Aurélie : « Ouais, ce n’est pas faux, parce qu’en regardant les photos même récemment ça fait un peu dans ce genre-là. »

Comment se sont déroulées ces autres séances ? Comment vous êtes-vous sentis durant chacune d’entre elles ? 

Aurélie : « Alors… Franchement, je me suis toujours sentie bien, mais toujours avec ce temps d’adaptation. Il me faut tout le temps ces 5-10 minutes au début. Sur les premières photos, il y a toujours un côté crispé et puis, au fur et à mesure, on se détend, enfin, je me détends et après ça coule de source. »

Qu’est-ce que ces différentes séances vous ont apportées ? 

Aurélie : « Un bien-être intérieur. Pour moi, c’était un bien-être au plus profond. »

Camille : « Moi j’ai redécouvert, au fur et à mesure, Aurélie en fait. Je trouve qu’elle s’est ouverte comme une fleur et au fur et à mesure, on a vu une autre femme. »

Aurélie : « C’est vrai que ça m’a permis d’accepter tout ça en fait. »

Camille : « Et même sur ton visage ça se voit. Il y a quelque chose qui a changé aussi. »

Aurélie : « J’ai moins le visage triste, on va dire et moins l’allure d’une femme malade. »

Pensez-vous en faire d’autres ? Pourquoi ? 

Aurélie : « Alors, oui. Je pense que l’on n’a pas fini encore le travail. »

Camille : « Au moins une, c’est sûr. »

Aurélie : « Ouais, encore une séance, je crois, pour peaufiner tout ça sur vraiment le côté, comme tu disais tout à l’heure, qu’on accepte le moins. Je pense que oui… »

Camille : « Il nous en reste au moins une, c’est sûr. »

On trouve plusieurs de vos photos sur le compte Instagram de votre photographe. Comment vous sentez-vous vis-à-vis de cette visibilité ? 

Aurélie : « Alors, franchement moi, j’aime bien que plusieurs personnes puissent voir ces photos, parce que ça me permet moi d’avoir les retours des gens, des regards sur mon corps et surtout les commentaires, qui en fait m’encourage sur ma vie au quotidien, ça me permet d’avancer. »

Camille : « Ce sont des commentaires positifs, c’est sûr. Après, tout le monde est différent face à ça. Je ne publie pas forcément des photos de shooting que je fais de “photo-thérapie”. Tout le monde est différent. Il y a des gens, comme Aurélie, qui ont besoin que ça soit mis en public pour aussi avancer dans leur… »

Aurélie : « Dans le travail en fait, parce que pour moi, il fait partie du processus de la thérapie, que les gens puissent voir les photos. »

Camille : « Et certaines personnes ne veulent pas du coup, ça dépend vraiment. De toute façon, on reste dans le droit à l’image en fait. »

Comment considérez-vous le photographe dans le cadre de ces séances ? 

Aurélie : « Pour moi, c’est particulier puisque c’est une amie. Donc, j’avoue que c’est le côté amitié qui va prendre le dessus sur le côté photographe. Après, c’est vrai que sans elle, je pense que ça aurait été quelqu’un d’autre que je ne connaissais pas, je ne me serais pas lâchée comme je me suis lâchée. Camille va vraiment me guider dans les gestes. Je veux faire sortir telle émotion, elle va me dire comment poser, faire telle position, tel mouvement ou peu importe le truc. Ça aurait été quelqu’un d’autre, je ne pense pas que le rendu aurait été le même. »

Camille : « C’est vrai que c’était facile. Entre nous, c’est facile. »

Aurélie : « C’est évident. C’est un peu ma confidente de l’image. »

Pensez-vous que tout photographe puisse pratiquer la thérapie par l’image ou il faut, selon vous, des qualités en plus de celles en photographie ? 

Aurélie : « Alors moi, j’avoue que je ne pense pas pouvoir vraiment répondre à cette question. »

Camille : «  Moi, je pense que tous les photographes ne peuvent pas être… Faire de la “photo-thérapie”, non, c’est sûr. Comme tous les photographes ne peuvent pas faire de photos de naissance, ou des photos de rue, des photos de reporter, tout ça non. Il faut certaines qualités. Il faut la qualité humaine, je pense déjà, cette approche humaine. Mais… non ce n’est pas pour tout le monde. Je ne pense pas. Par contre, que la qualité de photographe est quelque chose à voir avec de la “photo-thérapie”. On peut être un photographe « de base », qui n’a pas une qualité complètement folle et qui arrive pourtant à sortir de belles images et à aider les gens, c’est aussi le but. »

Aurélie : « Après, j’avoue que pour faire de la thérapie par l’image, pour le photographe, il faut surtout qu’il s’intéresse déjà au préalable à la problématique de la personne, comme tu avais fait. Comme tu connaissais tout de moi, tu as vraiment fait en rapport avec la problématique. »

Camille : « L’humain, il faut vraiment ce rapport à l’humain. Il est primordial. Quelqu’un qui n’aime pas partager avec les autres humains ne peut pas faire de “photo-thérapie”. Je pense, on parle aussi de thérapeute. Il y a pas mal le mot “thérapeute” qui revient. C’est bien aussi d’avoir des compléments du coup, pour vraiment asseoir la thérapie, style de la sophrologie, l’hypnose, du coaching, tout ça. Je pense que ça peut être bien aussi pour aider la personne qui est en face, parce que ça ne coule pas de source toujours. Il y a des séances qui ne se passent pas si bien que ça donc il faut au moins apporter, rassurer. »

Avez-vous fait d’autres séances photos plus « classiques » ?

Aurélie : « Alors non, je n’ai pas du tout fait d’autres séances, autre que la thérapie par l’image. Mais bon, qui sait un jour, j’en sais rien, en tout cas pour le plaisir. Mais non jamais. »

Voulez-vous ajouter quelque chose ? 

Aurélie : « Alors moi, je vais juste en profiter pour remercier justement Camille, parce que je pense que sans toutes ces séances et tout ce que l’on a pu discuter et tout, je pense que je n’en serais pas là aussi. Et aussi remercier notre fameuse amie de cet après-midi, copine aussi parce que l’on été trois filles et je pense que sans ça, ça n’aurait jamais pu commencer. »

Camille : « Alors moi, j’ai envie de remercier Myriam aussi bien sûr, qui est toujours là, enfin qui est souvent là pendant nos interventions en “photo-thérapie” et qui a été là pour la mienne aussi il y a quelques années et qui est toujours là et qui nous filme aujourd’hui. Puis, bah merci à Aurélie de s’être prêtée au jeu, de m’avoir lancée sur ce petit défi de vidéo que je n’aurais jamais fait moi-même. »

Aurélie : « Oui, c’est vrai ! Et un grand merci à vous, et que Poser Pour Panser dégomme tout, tous les trucs voilà. Je ne sais pas comment je peux dire ça, mais voilà. »

Camille : « Coupez ! »

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