Lorsque l’on s’intéresse à la photographie comme thérapie, il semble important de se pencher sur un terme en particulier : « accepter ». En thérapie comportementale, l’acceptation. À travers plusieurs travaux sur le concept d’acceptation en psychothérapie, recherchons quels liens peuvent avoir thérapie et photographie. 

Pour tenter de comprendre la démarche d’acceptation de soi, nous nous sommes intéressés aux thérapies comportementales. Elles pourraient être distinguées selon plusieurs vagues, dont la première se serait développée dans les années 1950 et 1960. La troisième vague, ou troisième génération de thérapies comportementales, ne cherche plus la modification du contenu propre aux pensées de l’individu, mais se concentre en partie sur le développement de l’acceptation pour l’amélioration du « bien-être psychologique »

Ilios Kotsou et Benjamin Schoendorff, dans le chapitre 6 de Pleine conscience et acceptation (2011), nous expliquent le concept d’acceptation en psychothérapie : « les thérapies de la troisième vague encouragent l’acceptation de l’expérience intérieure au profit du changement comportemental. Elles incitent à accepter ce qui ne peut être modifié dans le but de changer ce qui peut l’être ». En cela, il s’agirait donc par la thérapie d’acceptation de diminuer l’influence que pourraient avoir nos émotions ou nos pensées sur nos conduites (ici, ce qui peut être changé). 

Evitement, acceptation et compassion pour soi

Si nous parlons du concept d’acceptation, il convient alors d’introduire sa notion antithèse abordée en psychothérapie : l’évitement expérientiel. Défini comme la « tendance humaine à éviter les émotions et pensées déplaisantes », cet évitement pourrait finalement être psychologiquement dangereux pour l’individu. L’acceptation en serait donc l’alternative. C’est également ce que met en lumière la psychiatre Thanh-Lan Ngô : « les thérapies basées sur l’acceptation et la pleine conscience considèrent que la souffrance humaine survient lorsque l’individu a tendance à éviter la douleur ou l’inconfort immédiat, au détriment de sa qualité de vie »

Dans Pleine conscience et acceptation (2011), Sophie Cheval, Jean-Louis Monestès et Matthieu Villatte se penchent sur les problématiques d’image corporelle. Ils y mettent en valeur le caractère incontrôlé des fluctuations de l’apparence physique et la propriété arbitraire de la définition du beau. Ainsi, dans le chapitre 7 de l’ouvrage, on peut lire : « certaines altérations de l’apparence physique ne sont, par nature, pas susceptibles d’être contrôlées : c’est par exemple le cas du vieillissement cutané […] il peut sembler vain de chercher à modifier son apparence physique pour correspondre à des standards de beauté qui sont à la fois arbitraires et changeants ». C’est donc là que pourrait intervenir l’acceptation, lorsque l’individu n’a pas le contrôle des évènements qui s’impose à lui, et que ceux-ci suscitent une insatisfaction, ou des pensées et émotions négatives. 

Créer un environnement plus accueillant pour soi-même, ce serait aussi l’intérêt de la compassion. Benjamin Schoendorff, Jana Grand et Marie-France Bolduc citent le psychologue clinicien Paul Gilbert, pour définir la compassion : « Gilbert postule que cultiver la compassion est un processus central en psychothérapie, particulièrement indiqué pour les clients qui luttent contre des sentiments de honte ou des pensées sur eux-mêmes excessivement critiques ». 

Entretenir une nouvelle relation avec ses expériences et évènements psychologiques

Sophie Cheval, Jean-Louis Monestès et Matthieu Villatte illustrent l’acceptation de l’apparence physique à travers l’exemple d’un rendez-vous galant auquel l’individu hésiterait à se rendre en raison de son appareil dentaire. Pour eux, il s’agit dans l’acte d’accepter, de considérer ce rendez-vous comme prioritaire sur les « pensées désagréables » qui « traversent l’esprit, pendant le dîner, et de les laisser passer sans leur accorder toute son attention, au détriment de l’attention prêtée à la rencontre ». Selon eux, en cherchant à modifier son apparence physique de quelque manière que ce soit (méthodes sportive, chirurgicale, ou cosmétique par exemple), l’individu tente en premier lieu de « corriger ses pensées et émotions négative qui l’assaillent ». Ils font alors un constat : il ne s’agirait pas de modifier ces pensées négatives et évènements psychologiques désagréables mais plutôt de transformer la relation de l’individu avec ceux-ci, les « observer ». Dans les travaux de Thanh-Lan Ngô, nous pouvons lire également que les thérapies cognitivo-comportementales concentrées en partie sur l’acceptation « visent surtout la fonction des cognitions et à agir sur la relation aux pensées en prévenant la suppression de la pensée ou l’évitement expérientiel ». Elle souligne donc un moyen d’agir de l’acceptation : la modification de la relation aux pensées désagréables. 

Quel lien avec la photographie ?  

La photographie permettrait-elle alors de modifier le rapport de l’individu aux pensées désagréables, décrites à travers les approches de la troisième vague des thérapies comportementales ? En se référant à la vision de l’acceptation en psychothérapie exposée plus haut, nous pourrions, par exemple, imaginer la photographie comme l’intermédiaire permettant au modèle d’instaurer une relation nouvelle avec les pensées, les souvenirs, les expériences qui influent de manière négative sur son quotidien ou lui suscite de l’inconfort. La photo c’est peut être, aussi, se découvrir autrement grâce au travail du photographe et au médium photographie, et ainsi mettre de côté les pensées négatives que l’on peut avoir sur soi.

Mathilde Soulon

Les thérapies basées sur l’acceptation et la pleine conscience – Pleine conscience et psychiatrie, Volume 38, Number 2, Fall 2013, Thanh-Lan Ngô.

Pleine conscience et acceptation – Les thérapies de la troisième vague (2011), sous la direction de Ilios Kotsou, Alexandre Heeren.

Pleine conscience et acceptation – Les thérapies de la troisième vague (2011), Chapitre 6. L’acceptation en psychothérapie : une revue empirique et conceptuelle, Ilios Kotsou et Benjamin Schoendorff.

Pleine conscience et acceptation – Les thérapies de la troisième vague (2011), Chapitre 7. Accepter son apparence physique : apports de l’acceptation dans les problématiques d’image corporelle, Sophie Cheval, Jean-Louis Monestès, Matthieu Villatte.

La Thérapie d’acceptation et d’engagement : Guide clinique (2011), Chapitre 10. Acceptation et compassion pour soi, Benjamin Schoendorff, Jana Grand, Marie-France Bolduc

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