Pour cette nouvelle case du calendrier de l’avent, Radio Poser pour Panser prend les rennes (Du Père Noël – Hohoho !) de la programmation et vous propose un podcast « pour aller plus loin ».

Maintenant que vous connaissez tout sur la thérapie par l’image (si ce n’est pas le cas, pas de panique voici un super article pour tout comprendre en quelques minutes), découvrez grâce à l’interview d’Antoine Edel, photographe professionnel, le regard que portent les confrères et consœurs du secteur sur ceux qui pratiquent la thérapie par l’image. Bonne écoute !

CRÉDITS MUSIQUE : KERUSU (HATACHI)
CRÉDITS PHOTO : ANTOINE EDEL

Découvrez le compte Instagram professionnel d’Antoine Edel (@Waldenstudio), ainsi que les photographes incontournables pour Antoine Edel :

Oliviero Toscani : Article sur les scandaleuses campagnes Benetton

Saul Leiter : En apprendre plus sur le travail de cette icône de l’argentique

Helmut Newton : Le brillant et l’impertinent photographe de mode

Écriture, interview et montage : Tatiana Bobet

Retranscription du podcast

Aujourd’hui sur la radio éphémère Poser pour panser, nous diffusons un podcast sur le thème de l’image de la thérapie par l’image dans le milieu de la photographie. Un intitulé qui intrigue mais une question qui mérite d’être posée ! En effet, la thérapie par l’image reste un concept encore assez flou pour la plupart d’entre nous. Mais qu’en est-il dans le milieu assez fermé de la photographie ? Et plus encore, quel regard portent les professionnels du domaine sur cette nouvelle approche de la psychologie qui utilise la prise de vue pour guérir ? Et à l’occasion de cette émission spéciale, je reçois mon ami Antoine Edel, photographe professionnel bordelais pour échanger sur ces questions. Bonjour Antoine ! Et tout d’abord, merci beaucoup d’avoir répondu à l’invitation de Radio Poser pour Panser. Pour commencer, est ce que tu peux raconter à nos auditeurs en quelques mots ton parcours dans le monde de la photographie c’est-à-dire à quel âge tu as commencé, quel est ton style, ta spécialité ? 

« Donc moi j’ai commencé la photographie, j’avais 16 ans. C’est à l’époque où je faisais beaucoup de musique donc je prenais mes potes en photo. Après là, ce n’était pas très sérieux. Je m’y suis vraiment mis quand je me suis mis dans l’architecture. Je m’étais acheté un reflex pour prendre les matériaux de mes 3D en photo. Donc je prenais des parquets, des carrelages et tout ça. Et un jour, une personne m’a dit : « Mais t’as un super appareil photo, pourquoi tu ne ferais pas du portrait ? ». Et je me suis dit : « C’est vrai pourquoi pas ! ». Et puis j’ai toujours eu ce souvenir de mon grand-père qui prenait les gens en photo et je me suis dit : « Pourquoi pas commencer ! ». Et je me suis mis à faire des portraits il y a à peu près 10 ans de ça. J’ai fait du portrait pendant très longtemps et j’ai aussi fait beaucoup d’éditos mode et puis maintenant je fais du nu et de la lingerie ».

D’accord ! Et est-ce que tu connaissais le concept de la thérapie par l’image ? 

« Oui je connais bien ».

Est-ce que tu peux nous dire comment tu as connu ce concept et est-ce que tu le connais depuis toujours ?

« Donc oui j’ai toujours connu ça. Après il y a un artiste qui m’a énormément marqué autour de ça, c’est Oliviero Toscani. Il a marqué son public avec des photos chocs notamment avec United of Benetton. Ça a été le premier à faire un shooting de mode avec des personnes de toutes races côte à côte et ça a choqué beaucoup de gens. C’est lui aussi qui a fait le fameux shooting avec l’anorexique. Un shooting de mode. Et il a dit « Et pourquoi on ne ferait pas de la mode avec une personne anorexique ? ». Et cette femme, quand il lui a proposé, était un peu interloquée mais elle a joué le jeu et ça lui a fait un bien incroyable ! Et surtout que lui a une vision très particulière de la photographie. Il avait vraiment cette démarche de thérapie en plus de bouleverser le monde ».

Et de ce fait c’est quoi ton avis sur le concept de la thérapie par l’image ? Tu en penses quoi ?

« C’est bien parce que la photo c’est un bon support je trouve pour aider parce que tu te vois dans l’image. Pour moi, c’est même encore différent de se voir dans un miroir parce que quand tu te vois dans un miroir, tu es maître de ton image là où en photo, tu ne l’es pas parce que ce n’est pas toi qui prends la photo. Pour moi, le relooking c’est pareil parce que tu es face à ton miroir. En photo, tu confies ton image à quelqu’un qui va tenter de te prendre en photo et c’est là où c’est génial parce que tu dois faire confiance à la personne qui va essayer de te mettre en valeur et je trouve ça intéressant. Dans les personnes qui viennent me voir, il y en a beaucoup en nu et lingerie, qui viennent pour faire de la thérapie en quelque sorte. C’était des personnes qui ne se sentaient pas à l’aise avant et qui voulaient reprendre un peu d’ego suite à une perte de poids ou un changement de vie, de style. Ça m’est arrivé beaucoup de fois. Et c’est des shootings que j’aime beaucoup faire parce que c’est le bon moment pour encourager la personne et pour lui dire qu’elle a raison de le faire. Donc je pense que c’est une bonne chose que ça existe ».

Et est-ce que vu qu’il y a un apport un peu psychologique dans la thérapie par l’image, tu considères que les clichés qui sont issues de séances de thérapie par l’image sont de l’art ?

« Oui parce que pour moi de toute façon, la photographie c’est un support artistique. Ça a toujours été un support artistique. Mais après, on peut allier tous types de supports artistiques avec de la psychologie, de la philosophie. La photo n’est que le support. La philosophie c’est la théorie et la photo c’est le support d’une certaine théorie. Mais pour moi c’est artistique ».

Et du coup un peu dans la continuité du domaine artistique et du mélange entre la psychologie et l’art, tu considères que ceux qui pratiquent la thérapie par l’image sont plus des photographes ou des psychologues ?

« Là pour le coup je dirai que tout dépend de comment lui se considère. Je pense que ce serait les deux en soi. Si moi par exemple demain je devais le faire, ce serait inconcevable de le faire sans avoir le bagage psychologique et ce serait inconcevable d’être psychologue sans le bagage photographe pour que ce soit pleinement réussi. Donc les deux ».

Et même si tu as découvert le concept il y a longtemps avec le photographe dont tu parlais, est ce que tu penses que le fait qu’aujourd’hui je fasse un projet autour de ça, qu’on en parle plus, c’est plutôt une tendance actuelle promue par les réseaux sociaux dans la dynamique body positive ou tu penses que c’est une vraie approche nouvelle à la fois de la psychologie et de la photographie ?

« Pour moi, ça a toujours existé. Même à l’époque… Moi j’ai connu l’époque où il n’y avait pas Instagram et où tous les photographes avaient une page Facebook et il y a avait déjà une multitude de gens qui en faisait. Je pense qu’aujourd’hui, on a cette impression de nouveauté parce qu’on le voit encore plus avec Instagram. Même Oliviero Toscani le faisait déjà dans les années 80-90 et Helmut Newton pareil. Ou un que j’adore aussi c’est Saul Leiter ! Là on y est typiquement. Quand tu vois ses photos, ce ne sont pas des mannequins, ce sont des personnes lambda qu’il prend nues. Et quand tu lis les intitulés, c’est de la thérapie par l’image. Et Saul Leiter, c’est vieux comme le monde. Mais après aujourd’hui, c’est difficile d’innover réellement en photo. Tout a déjà été fait. D’ailleurs souvent en photographie, trop de photographes pensent qu’ils innovent mais on dit :  « Ça, untel l’a déjà fait dans les années 70, déjà vu dans les années 80… ». Aujourd’hui, je pense qu’on va surtout innover grâce aux outils. En photo, on revoit les mêmes choses qu’avant. On profite des réseaux sociaux parce qu’on peut rendre le concept accessible à tout public alors que pour le coup, à l’époque, la photographie c’était un peu élitiste. Les artistes se cachaient. Avant la photo, c’était le portrait de mariage, la photo d’identité. Les artistes photographes se cachaient, traînaient avec les peintres, les poètes. Maintenant, les artistes sont seuls chez eux et ils mettent tout sur Instagram. Pour moi, ce n’est pas forcément un mouvement innovant. Je pense que ça a toujours existé ».

Du coup, c’est une nouvelle approche mais d’il y a des années ?  

« Ouais voilà ! Effectivement je pense qu’avec Instagram, l’approche est différente ».

Et justement, tu penses quoi du rapport entre le concept de la thérapie par l’image et les réseaux sociaux aujourd’hui ?

« Je le trouverai compliqué et même un peu hypocrite dans le sens où Instagram, c’est la culture du beau. Donc est-ce que tu vas voir un psychologue pour alimenter ton Instagram ou est-ce que tu le fais réellement pour toi ? Et là, j’ai un doute. Pour moi, si ça reste un peu personnel, ok, je veux bien. Mais si c’est pour alimenter ton Instagram, moi, je n’en vois pas l’intérêt ».

Tu trouves que la démarche n’est pas honnête ?

« Je la trouverai pas honnête. Après, tout dépend de la personne qui le poste, des conditions dans lesquelles c’est posté ».

Tu trouves surprenant que les photographes qui font de la thérapie par l’image postent les clichés sur Instagram pour se faire connaître ?

« C’est différent parce que lui pour le coup, il faut bien qu’il paye son loyer comme tout le monde. La démarche est commerciale donc il faut bien te vendre aussi. Il faut montrer des cas qui ont marché. La thérapie par l’image, je pense que c’est personnel. Ça doit t’aider à t’élever personnellement. Après, que tu fasses des selfies pour montrer : « Voilà, je me montre en lingerie face à vous, j’ai toujours eu peur », là tu vois ce genre de posts et tu te dis : « Waouh c’est bien elle a du courage parce qu’elle l’a fait seule ». Et là typiquement faire ce genre de démarche après des séances, je dis oui. Par contre, poster sa séance pour alimenter son Instagram, là, non. Ça doit rester personnel, comme une séance de psy. Parce que c’est quelque chose qui aide ton toi profond ».

Et du coup dernière question qui est plutôt large : qu’est-ce qui diffère selon toi dans les pratiques ? C’est-à-dire dans la scénographie, l’approche que tu vas avoir avec ton modèle…. Entre toi qui fait de la photographie « classique » et quelqu’un qui va faire une séance de thérapie par l’image, qu’est ce qui est différent dans votre approche et vos pratiques ?

« C’est la philosophie que tu mets derrière. On a le même but parce qu’on doit trouver l’angle de vue esthétique et trouver ce qui va mettre en valeur la personne. Par contre, c’est le message qu’il y a derrière qui va être différent. Moi mon message il va être complètement différent d’un thérapeute par l’image. Parce qu’un thérapeute par l’image c’est : « Tiens je vais te prendre en photo pour que ce soit à but thérapeutique et pour te redonner confiance ». C’est-à-dire que tu as une hypothèse, tu fais les photos, et tu en tires une conclusion : est-ce que tu te sens mieux après la séance ? Moi, j’ai plus une démarche d’archiviste mais parce que mon grand-père faisait de la photo et quand j’ai hérité de ses photos, je me suis dit : « Waouh c’est comme ça qu’ils vivaient dans les années 30-40 ». Et moi quand je vais faire ce type de photos, si la personne elle vient dans un but thérapeutique, c’est top, ça va être un plus. Mais moi dans ma tête, je veux plus montrer aux gens : voilà les looks qu’on avait, etc… Donc moi j’essaie de capter un instant T que je veux montrer pour la suite. Je veux vraiment capter l’instant T. Je shoote beaucoup de filles qui font partie du mouvement féministe parce que c’est des choses que je veux capter. Ce sont des messages que je veux capter pour les mettre dans un livre ou pour les mettre sur Instagram, pour les figer. Et quand les gens reviendront dessus, ils se diront « En 2020, il y avait tel mouvement donc ils prenaient les photos de telle manière ». Là où la thérapie par l’image existe tout le temps dans le temps donc en soit, les hypothèses de départ sont les mêmes ».

D’accord ! Et bien merci beaucoup d’avoir répondu à toutes nos questions Antoine !

« Avec plaisir ! »

Et c’est sur ces dernières paroles que nous nous quittons aujourd’hui. Chers auditeurs, j’espère que le podcast vous aura séduit. Dans la description, vous retrouverez toutes les informations ainsi que le compte Instagram d’Antoine Edel alors, n’hésitez pas à y faire un tour ! C’était Tatiana Bobet pour Radio Poser pour panser !

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