En ce J-3, partons à la rencontre de Martin Petit, alias @el_marticino sur Instagram ! Après un grave accident de plongeon en août 2017 qui le rendra tétraplégique, il a fait le choix de vivre ! Il milite aujourd’hui pour être représenté et dit défendre une cause qu’il incarne sur les réseaux sociaux notamment à travers ses publications. De nature positive et bourré d’auto-dérision, il souhaite faire évoluer l’image du handicap et pour cela, il n’hésite pas à se jouer de lui. 

Quelle est votre vision de la photographie ?

« J’adore la photographie depuis tout jeune, j’aime immortaliser des moments et me replonger dans des émotions et souvenirs ressentis au moment où les photos ont été faites ».

Quel est votre rapport à celle-ci ?

« Mon rapport aux photos est que j’aime l’art du “beau” et la photographie permet de magnifier et de mettre en scène des moments riches en émotions ».

Est-ce que vous en faites ? 

« J’en fait moins depuis mon accident pour des soucis de mise en place, ça me décourage un peu. Mais il m’arrive de chercher à en faire des sympas quand l’occasion se présente ».

Prenez-vous souvent des photos de vous

« Alors oui pour créer du contenu sur les réseaux sociaux mais en général je me fais shooter plutôt ».

Vous avez eu l’occasion de faire une séance de thérapie par l’image avec la photographe Alexandra Meur. Une séance un peu particulière puisqu’elle se passe… dans l’eau ! On vous voit alors debout à côté de votre fauteuil : quelle photo !

« Oui c’était une superbe expérience, j’ai pu renouer avec l’élément où j’ai failli perdre la vie, Alexandra m’avait proposé ce shoot après s’être rencontré sur un événement. C’était riche en émotion et le rendu très poétique. J’ai transformé ma tragédie en poésie. C’est une revanche sur la vie, j’ai affronté un élément dans lequel je me sens bien mais où ma paralysie peut être dangereuse, heureusement j’étais accompagné de deux plongeurs pour assurer ma sécurité pendant que la photographe me prenait en photo avec son boîtier spécial pour aller sous l’eau ».

Selon vous, qu’est-ce que la thérapie par l’image ?

« Pour moi la thérapie par l’image est une façon de faire du bien à une personne en usant des techniques de photographie pour magnifier et rendre “beau” le modèle ».

Qu’en pensez-vous ?

« Je pense que c’est une superbe méthode pour gagner en confiance et se voir différemment ».

Comment avez-vous découvert cette pratique ?

« C’est quelque chose que j’utilise depuis un moment, manquant de confiance, j’immortalisais mes résultats sportifs atteints de manière un peu narcissique, et puis les choses ont changé avec l’arrivée du fauteuil roulant ».

Quelles raisons vous ont incité à faire de la thérapie par l’image ? 

« Les raisons sont venues naturellement, surtout avec le fauteuil roulant, ça a été un moyen pour moi de me réapproprier mon image, de reprendre confiance en moi, d’illustrer par l’image des textes que j’ai écrit qui m’ont eux aussi aidés sur le plan thérapeutique. Se mettre en scène et se trouver beau permet de booster la confiance en soi, d’autant plus quand on a la chance comme moi d’avoir des retours positifs et encourageants ».

Et quelles étaient vos motivations ?

« Mes motivations sont multiples : voir le chemin parcouru, se remémorer d’où l’on vient, cela permet de figer dans le temps un moment. Je pense qu’on est tous d’accord pour dire qu’on est content de retrouver des albums photos de quand on est bébé et enfant, c’est intéressant de continuer dans cette démarche-là bien que nous soyons adultes ».

Est-ce une pratique que vous réitérez régulièrement ?

« Dans mon cas oui car je créé du contenu et pour passer mon message, j’essaye d’illustrer avec de jolis clichés ».

Peut-on comparer la relation photographe/modèle à celle de psychologue/patient ? 

« Ce n’est pas un « non » définitif mais je ne pense pas qu’un photographe puisse s’improviser psychologue. En revanche si ses qualités humaines sont bonnes, il saura faire preuve d’écoute, il saura rassurer et le plus important il saura valoriser une personne ».

Le shooting avec Alexandra, est-il né d’un réel besoin ou d’une simple envie et/ou curiosité envers ce type de photographie ?

« Il est né du fruit du hasard, une rencontre sur un événement. Alexandra m’a dit qu’elle me connaissait déjà des réseaux et qu’elle n’avait jamais voulu me proposer cette séance de peur d’être indélicate par rapport à mon accident en rapport avec l’eau. Je l’ai rassuré de suite et lui ai dit qu’au contraire je trouvais cette séance forte de sens ».

Le choix de votre photographe, a-t-il été important ?

« De manière générale, je laisse les choses venir dans ma vie, je ne force pas, et ce sont souvent des rencontres au hasard quand je passe sous les objectifs de différents photographes, pour être très honnête je n’ai fait que quelques séances qu’avec 3 photographes différentes. La plupart du temps j’utilise mon reflex, et je suis entouré de personnes capables d’appuyer sur le bouton pour moi Haha ».

Avant le shooting, quels échanges avez-vous avec le photographe ?

« On a échangé sur le thème de l’événement que l’on avait en commun, et après ça s’est fait naturellement ».

Instaurez-vous un lien de confiance avant la séance ou se crée-t-il assez naturellement le jour J ? 

« Une de mes qualités et que je m’adapte très rapidement à mon interlocuteur, et je sais mettre à l’aise je pense, le lien de confiance se créer assez rapidement ».

Pouvez-vous nous décrire le déroulement de ce type de séance ?

« Cette séance a lieu à la fosse de La Teste de Buch. Il y a différents paliers, Alexandra avait réservé un créneau pour faire le shooting, et deux personnes étaient là pour assurer ma sécurité ».

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous étiez seul face à l’objectif ?

« Pour le coup j’étais davantage concentré sur les éléments qui m’entouraient que sur l’objectif, je faisais confiance au talent d’Alexandra ».

Avez-vous rencontré quelques difficultés pour être pleinement à l’aise ?

« Pas vraiment, je me laisse guider par l’instant. Je n’ai pas trop de difficultés à créer un environnement mental où j’évite tout stress ».

Comment vous sentiez-vous à la réception des photos et qu’avez-vous ressenti à leur découverte ?

« Je me suis laissé la surprise jusqu’au bout, j’étais ravi du résultat, je les trouve superbes ! ».

Qu’est-ce que cela vous a apporté ?

« Beaucoup de fierté d’immortaliser ma revanche sur un élément qui a failli m’ôter la vie. C’est une victoire, celle de la vie. Inévitablement cela contribue à gagner en confiance et certainement à accepter davantage il est vrai ».

Avez-vous noté des différences avec une séance photo qu’on pourrait qualifier de plus « classique » ?

« Oui car ce n’est pas l’histoire de photos pour faire beau, c’est mettre un point d’honneur à mon histoire. C’est reprendre le contrôle d’une vie qui m’a échappé un temps ».

Selon vous, la thérapie par l’image est-elle une pratique accessible à tous les photographes ? 

« Je pense que tous les photographes ont une sensibilité, en tout cas une grande majorité, s’ils comprennent ce qu’attend le modèle, ils sauront le valoriser ».

Quelles en sont les qualités nécessaires ?

« De l’écoute, de l’empathie, savoir capter l’instant ».

Derrière vos photos, que souhaitez-vous montrer ?

« Je le fais avant tout pour moi. Pour reprendre possession de mon image qui n’est plus la même du sportif que j’étais. Mais c’est aussi un moyen de montrer qu’on peut être en fauteuil et être tout aussi attirant malgré la différence. Que la différence peut être belle et combattre cette idée reçue de l’handicapé qui est malheureux. Je veux montrer mon bonheur car je le suis profondément alors que tout laisserait penser que ma vie est fichue. C’est aussi un message d’espoir pour les personnes qui seraient touchées par un accident similaire ».

Vous avez l’habitude de partager ces photos sur vos réseaux sociaux, quelles sont vos motivations ? 

« C’est de montrer que l’on peut être heureux en fauteuil, c’est combattre les idées reçues, c’est porter la voix d’une minorité qui n’est pas forcément entendu, mais surtout c’est d’aider à travers mon témoignage et mes photos les personnes qui traversent des moments difficiles ».

Qu’est-ce que cela vous apporte ?

« J’ai donné du sens à ma vie et il n’y a rien de plus riche que de se sentir utile pour les autres et la société. Ça vaut tout l’or du monde ».

Est-ce que l’acceptation de soi passe aussi par le regard de l’autre, son approbation ou pas ?

« Je pense que ça passe avant tout par soi. Nous seuls sommes les architectes de notre bonheur. Il ne faut pas dépendre des autres, même s’il est évident que plus vous êtes soutenus dans votre façon d’envisager les choses, plus cette source de soutien suppose que vous êtes sur le bon chemin. Les autres c’est du bonus. Mais l’acceptation passe par le fait de relativiser et de changer de perspectives à mon sens ».

Un grand merci à Martin pour son témoignage touchant et plein d’espoir. 

Manon Raczynski

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